Poèmes de Gaëtan Faucer

  1. Au-delà de…
  2. La danseuse
  3. Où et comment vais-je ?
  4. Horrible silence
  5. L’onirisme diabolique
  6. Lui seul !
  7. L’impossible sommeil
  8. Le bord de mer
  9. Sous nos apparences
  10. Près de vous
  11. La fleur du bord d’un lac
  12. Simplement pour vous
  13. La filière
  14. Combien tu vaux ?
  15. La crainte
  16. Le magnifique
  17. La nuit
  18. L’absolu
 

 


Au-delà de…

D’autres lieux, d’autres endroits à explorer
Parmi les confins les plus reculés.
Au-delà de notre imagination
Se dévoile l’origine d’une création,
Une intelligence bien avant notre ère !
Un monde secret aux trésors de lumière.
Tant d’énigmes enfouies au cœur du cosmos
L’insondable mystère à nos yeux s’impose…
Immensité jamais appréhendée
Toute tentative fut un échec pointé.
Copernic, Galilée, les Egyptiens …
Tant de recherches pour n’aboutir à rien.
La science humaine se résigne à l’échec,
Coup d’orgueil quand tout se voudrait correct !
Patience ! laissons le temps fournir ses clefs
Voire un jour divulguer la vérité !


La danseuse

Un éclat de magie, éclat de grâce
Que l'on observe sans que cela ne lasse.
Muse pour Degas, rêve pour petite fille.

Une sylphide au cœur battant en coulisse
Attend patiemment l'instant de sa glisse.
Le trac s'empare de son côté fragile.

Trotte en elle une chorégraphie réglée,
A laquelle elle s’est longuement appliquée.
Tant d'instants, tant d'heures qu'elle n'oubliera pas !

Petits pas accordés sur une musique
Où tour à tour ils dressent une réplique.
Un spectacle où les visages ne trompent pas...


Où et comment vais-je ?

Puis-je verser un peu de mon attention
Tâter tous terrains par humilité ?
Que de portes à franchir de mille façons,
Tant de clés aux multiples priorités !
Le trépas tergiverse, la mort attend ;
Les heures se chargent de nous, elles n’ont que faire !
Où et comment vais-je, s’il n’y a du temps ?
Celui-ci nous consume très lentement …
Déployant Son Incontournable Manière.
Invulnérable ! Puissant ! Rival des Dieux,
Véritable torture, frein humanitaire !
Comble de l’aporie, credo ombrageux.
N’impose aucune ire …laisse agir son Art !
Insondable monopole, maître absolu.
Régler son existence sans avatars,
Progresser sans jamais être retenu.
‘’Continuer’’ ! La devise universelle,
Le mot qui tranche, qui remue les mortels !


Horrible silence

Rompre le silence…et ne plus savoir que dire !
Abhorrer cet instant, ce mutisme …et pire.
Quel préambule engendrerait la bonne voie ?
Certes, ce ne peut être celle que je crois.

Un abîme, un désespoir …tout sous mes pieds.
Devant moi s’érigent des montagnes de pitié,
Telles une aide, un mot que l’on veut m'insuffler.

Un Angelo plus joli que Gabriel,
Le visage et les ailes couleur d’arc-en-ciel …
Voici l’inspiration revenant de ma muse,
Dont la sérénité me réjouit, m'amuse.

Le voilà qui s’envole …mission accomplie,
Je n’ai pas eu le temps de lui dire merci !


L’onirisme diabolique

Tantôt cheval, tantôt aigle, beau capitaine,
Esclave, bûcheron ou amant d’une reine …
Heureux qui comme moi partage tout cela !
Rêve de tout enfant, jouer les grands soldats.

Je rêve inlassablement, la nuit, le jour.
Urgent est mon sommeil ; ah ! dormir pour toujours,
Perpétuellement vivre dans un monde différent,
Dans un songe en l’oubli de nos maux permanents.

Qui dit vrai et que faire ? …comment m'en extirper ?
Inhumain : se sentir acculé !
Dans l’irréalité, seule, l’on se sent vrai …
Outre-conscience de «l’homme objet»…

Ma soif ne s’étanche pas : j’ai beau boire et boire,
Voilà mon corps rampant dans le fond d’un couloir.
Et, seule alternative, me laisser enfoncer
En souhaitant, pourtant, d’un jour me réveiller !


Lui seul !

La peur d’échouer dans ce gouffre insondable,
Tomber dans les griffes d’un être innommable.
Finir acculé, dénué d’énergie,
Dans le plus inconcevable état d’inertie.

Sans pouvoir appréhender la réalité,
Sans procès… le trépas peut tout calculer,
Seul à tout décider, seul à tout régir…
Seul à t ‘accompagner dans le dernier soupir !

Inique décision sans tergiversation.
Peu importe sa volonté, sa raison
Un rendez-vous inéluctable va sonner !
«Lui seul» impose toute fatalité.


L’impossible sommeil

Il est tard, cette nuit noire ne m'aspire !
Elle ne me veut, je n’arrive à dormir.
Une fois de plus, la voilà qui s’amuse
Je ne peux fermer les yeux, cela m'use.
Une semaine que je ne dors, pitié…
Quand, comment vais-je enfin récupérer ?
Quelle âme pourrait me sauver ?

Elle devrait m'accueillir, m'ouvrir les bras,
Me frayer un passage… Rien de cela !
Affublé, grimé en pantin de service,
Me voici victime et prisonnier de ses vices,
Sous haute surveillance… placé en tutelle !
Empêchant le sommeil de mon âme mortelle.

Je suis là, inerte…sans me mouvoir.
Morphée n’intervient, à mon grand désespoir,
Pour m'insuffler sa léthargie…
Impuissants, les Dieux ne gèrent ma vie.
La nuit s’empare de mon existence,
Me manipulant en toute innocence.


Le bord de mer

La profondeur des falaises lui fait peur,
Sensation d’un bord de mer, de hauteur,
D’une fuite dans l’infini des océans …
Redouter le côté du Dieu levant.

Entouré de pierres tombales à ses pieds,
S’imaginant à leurs côtés,
Du vent et des oiseaux pour compagnie,
Inlassable calme de minuit à midi !

Terminer sa vie sur un bord de mer,
Couché, le regard levé vers le ciel.
Toutes ces images, ces «flashs» le rendent amer,
Comme du déjà vu, des cris qui appellent.

Son corps se pétrifie, ses yeux se fixent ;
Ne sachant se mouvoir, le calme l’englobe.
Fini le désespoir, les rixes …
Le lierre déjà s’en empare et l’enrobe.


Sous nos apparences

Sous mon long visage de pierre
Se cache l'extraordinaire.
L'incompréhension du monde
Fait que mon faciès me gronde…

Impavide de l'extérieur,
Que de force emplit mon cœur !
Ne jugez pas mon aspect,
Traitez-moi avec respect.

Estimez mes airs, de grâce !
Que l'on m'ôte donc toute cette vase,
Qu’elle ne m'étouffe davantage.
Fi de vos sarcasmes de bas âge !

Honte à vous Superficiels !
Ne levant les yeux au ciel,
Aveuglés par tant d'orgueil,
Ne jugeant que d'un seul œil.

Gratte ! Gratte et vois qui je suis,
Cesse alors toutes calomnies.
Je suis bon et généreux,
Agis pour toi, non comme eux !

Ne te laisse pas emporter,
Cherche en toi les bons côtés.
Tu ne le regretteras pas.
Regarde-moi et souris-moi.


Près de vous

Je suis là, près de vous,
Mais vous ne me sentez.
Je suis là, à genoux,
Et vous ne me voyez.

De nous qui est vivant ?
Comment comprendre cela ?
Tu n’es plus comme avant !
Ton regard s’en ira,
Ta jeunesse partira.

Mon étoile, mon soleil,
Reste avec moi ma belle.
Ne t’éloigne pas de mon cœur,
Ces instants me donnent peur.

La frayeur est constante.
(Ne parlons pas d’attente !
J’ai le cœur en lambeaux,
Mais vous dis à bientôt …)


La fleur du bord d’un lac

Sentirais-je ton parfum près de ce lac ?
Oserais-je avancer pour te cueillir ?
Le grand soleil t’arrose et te désire.
Même la pure rosée du matin te laque,
Suivie de l’arc-en-ciel et toutes ses couleurs…
La pluie t’évitera, le vent aussi.
Personne ne viendra t’arracher le cœur.
Les dieux te garderont comme leur fille…
Tandis que nul n'osera approcher.
Ton beau parfum, je vais seul le puiser…


Simplement pour vous

Une fleur, une fée, un ange !
Uniquement pour vous ces beaux mélanges.
On pourrait tant en rajouter,
Pour ne jamais vous couronner.

Ceux-ci suffiront. C'est pour vous!
Trop amèneraient au dégoût.
Ces derniers vous siéent à merveille,
Font de vous la femme éternelle.


La filière

Quelle est cette chose qui m'aspire ?
Cette force inconnue qui m'attire ?
Où mène cette belle énergie…
Où me conduit-elle ainsi ?

Tout à mon euphorie, je vole…
Mais à l’envers : où est le sol ?
Un tourbillon de couleur bat :
Je ne peux expliquer tout ça !

Le vide… je ne ressens plus rien,
Le spectacle touche à sa fin.
Ici je dois garder le silence
J'absorbe enfin LA connaissance...

Lieu féerique, inexistant,
Musée des plus enivrants
Et devant moi tant de merveilles !
Se trouver devant Raphaël !

«Il quatrocento» renaît pour moi ;
Mais nul ne pourra croire ce que là je vois.
Et j’erre seul dans un dédale de bonheur,
Ici s'effacent mes malheurs…


Combien tu vaux ?

Dans le plus désuet des discours,
Dès l’instant qu’il s'agit d'amour
Ou de passion sans égale,
Un jugement de crainte rôde…et puis s'installe.

Maudit pouvoir que celui de l'argent !
Tant d'hymens inconstruits à tes dépens,
Redoutable passion convoitée !
Avide, goujat, l'homme est un prisonnier.

L'amour se noie au royaume des fortunes.
La puissance prend le dessus, et sans rancune,
Il trahirait un frère pour amasser
Se reconvertirait rien que par lâcheté…
Mais un tel être humain n'a rien de bien nouveau,
Qui n’a que cette phrase : «combien tu vaux ? »


La crainte

Je ne sens plus le vent sur moi, cette tempête
Qui tout à l’heure ne me faisait aucun quartier.
Il fut un temps, tout était joie, tout était fête…
Et maintenant j’ai peur qu’elle revienne encor !

En spirale elle aspire ma lucidité,
Quand vous, tous mes desseins, êtes inachevés…
Serait-ce une utopie de vous rendre couleur ?
Penser à vos pastels me réchauffe le cœur.

Ne reviens plus, je te bannis !
Mais quoi …il faut attendre ? …Tu gardes ma raison ?
Que je perde toute notion ?
Avant, regarde-moi : je vie…je suis en vie !


Le magnifique

De multiples facettes ornèrent sa personne :
Puissant banquier ou bien mécène toutes formes,
Un charisme qui fut un exemple en son temps.
Quand l’époque troublée par l'emprise de l'argent
Plaça le Médicis en haut du piédestal,
Il reprit le flambeau d'une famille royale
Amassant sur son trône fortune colossale…

Génie de talent, de cœur plus que d'affaires,
D’autre fut grand poète, sous ses airs austères :
Amoureux de beauté, de lettres et de femmes
Celui-ci à son heure triompha des dames,
Quoique se trouvant laid, visage asymétrique,
Le voilà déployant un charme aux traits magiques...

Vasari, qui peignit la grâce d’un beau prince,
Subit l’enchantement comme s’il fût d’un sphinx ;
Faiblesse inavouée et commune aux artistes ? …
(Mais laissons la vipère user de cette piste !)
Une goutte de trop fit déborder son âme
Lors et tel ses aïeux, il n'échappa au drame
Et le sang circulant acide dans ses veines,
En rougit la légende qui devint la sienne.


La nuit

Le soleil me brûle or la nuit m’apaise…
Cette étoile que l’on nomme «vie» m’indiffère.
A son regard, soudain, je me réduis en braise,
Quand elle fait de moi, le pantin, son affaire.

S’immisçant souvent là où j’aimerais l’éluder,
Ses rayons transpercent mes multiples protections
Mais malgré mes efforts je n’y peux renoncer
Car l’affronter est impensable, c’est un poison !

Avec ses airs de Gorgone révolue,
En captant nos regards son sourire pointu
Pétrifie sans vergogne les pauvres égarés…

Tu infliges à ton gré le mal comme le bien,
Divinité sournoise aux principes malins,
Ô vie ! A nous d’y prendre garde, humains, et d’y songer.


L’absolu

Comprendre le temps, c’est perdre le sien
C’est évidemment n’aboutir à rien !
Energie totalement immuable
Aux dimensions inimaginables.

Déroulement illogique sans lois
Privé d’âme, inspirant toute foi !
Rien avec lui n’a su lui rivaliser.
L’inéluctable s’inflige au mortel…

Son heure fléchit de jour en jour,
N’espérant aucune issue, aucun secours.
Tantôt court, tantôt long or il n’évolue,
Nous succombons à son vouloir imprévu.

Le temps, oracle sans bonne aventure !
Arithmétique criblée de mainte souillure.
Une clef permettant de vivre sans soucis
En franchissant le seuil des rêves enfouis…

Avouons simplement notre plus grand désir.