Lydia Pavot

 

 

Lydia Pavot joue la symphonie du monde
Elle l'orchestre avec la richesse de ses instruments : le ciel et ses caprices, l'aube incertaine pour le jour, les nues de mauvais augures, les orages qui déroulent un fleuve serpentin dans  la  nuit  argentée,  le  couchant   et ses espoirs,  l'arbre, l'herbe et  la  fleur, la  terre  palpable   et  ses  champs de promesses, les humus fourrés d'insectes, la mer qui s'en va et s'en vient ...
Elle a le ton impressionniste qui convient merveilleusement pour exprimer l'image exacte de ces " plaisirs... majuscules ".

Allez sur son site " Asphodèle " .

 

 

 * Voir aussi en bas de page la suite des poèmes de Lydia .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


AUBE

Aube
Tu portes en ta pâleur
Tout le lait de la vie.
L’enfant qui devra naître
De ta douce innocence,
Pointera son regard
Sur le courant du jour.
Symbole de naissance,
Telle tu nous rassures
Et ta bouche invisible
Panse bien des blessures.
Aube
Evanescente dame
Qui allume le jour.
Libre de toute étreinte
Et pourtant
Si fidèle
Immanence éternelle,
Mouvement sempiternel
Comme le reflux des vagues,
Comme un soupçon d’azur
Nimbant
La voie lactée,
Alliance
De l’ombre
A la lumière,
Aube
Ebauche du soleil
Au bout de ses doigts pâles.

 Elle pénètre dans l’arbre
Les entrailles profondes
Que la vie a creusées
En son tronc pacifique,
Elle s’infiltre encore
Jusque sous son écorce,
Cicatrisant alors
Ses fibres endolories.
Enfin, Aube s’élève
Puis projette sur l’onde
Ses doux reflets d’albâtre
Et le murmure de l’eau
Se révèle à nos yeux,
Joueur ou bien rageur.
Comme un aigle
Qui couvre de ses ailes
Toute l’immensité
Ainsi dévoile- t- elle
Un versant montagneux
En s’étirant toujours.
Essences mises en éveil,
La terre exhale sa fraîcheur,
Lui rendant grâce.
Aube,
Comme un point d’orgue
Sur la portée du jour.
Même lorsqu’indolent
Un plafond de nuages
Vient freiner ton essor.
Renaissance tu es, oui,
Cela est prometteur
Et parfois peut faire peur.
Tu guides
Le premier attelage de la course
Que le temps mène contre sa propre ronde,
Tellement insaisissable
Dans ta parure d’argent,
Que le ciel pleure parfois.
De personne
Tu n’es l’épouse,
Pas même du vent,
Ton mystère
Demeure à jamais
Celui de la création.
Tu avances sans marcher,
T’allonges sans grandir,
Te retires sans mourir,
La nuit est ta complainte,
La mésange, ton chant.
De ton être céleste
Un soupir se dégage
Que seule, l’herbe perçoit.
Tu t’étires et te fonds
Dans les teintes aurorales
Lors déjà, tu n’es plus.

Lydia Pavot

 


 

 

Terre

 

 

 

 

 


Terre
Ronde
Parmi les rondes.

Mélange de sons
Et de couleurs,
Effluves de parfums.

Bruissements
De l'herbe qui verdoie,
Un grillon sort de l'ombre.

Des scarabées turquoises,
Amants
De la Reine de Prés

Aux insectes gardes fous,
La flore
Est leur empire.

Des roches ici et là
Comme
Tombées du ciel

Qui parlent
Hors du tumulte,
Le langage de l'écoute.

Au dessus de tes nids
Le crépuscule
Est d'or.

Dans les cieux
Lumineux
Les nymphes se concertent.

Derrière chaque arbre
Des présences timides
Vont et viennent.

Un chemin de plus,
Tu changes
De coiffure.

Sous un soleil
Radieux
Les papillons s'égaient

Jardins d'amour,
Diversion
Des passions.

Ton cri,
Nativité
De nos souffrances.

L'oiseau chante
Ou peut - être
Qu'il pleure.

Tes abîmes
Recueillent
Ce que nous oublions,

Ton cœur
Est un brasier
Gestation de ton corps.

Si petits
Que nous sommes,
Nous observons.

Cet œil borgne
Qui sourit,
C'est la lune.

Cette face
Tant réjouie …
Toujours elle.

Dans l'ordre naturel
Tous les êtres
S'unissent.

Où vont tes jours,
L'eau coule encore,
Ainsi je vais.

Lydia Pavot

 


 

 

 

Visions

 

 


 

Je vois des chevaux courir dans le néant,
Emportés par le bruit qui vient de l'océan.
Je les compte trois par trois je les entends crier,
Hennissant de frayeur - oh ! Je voudrais rêver. -

Courant comme des fous jusqu'au lever du jour,
Frappant le sol rugueux piétiné par l'amour
Ils inondent le matin de leurs crinières de feu,
Les naseaux écumants dans la force des cieux !

Fureur, comme une fièvre ardente !
Terreur de l'aube qui se lamente !
Cruauté de l'amour qui nous blesse, nous hante !

.… ….

Cependant peu à peu une force s'éveille,
Indestructible, la vie se meut en son sommeil,
Comblant le vide de l'ornière,
L'ombre est chassée par la lumière.

Fierté d'un corps qui se redresse
Bonté coulant comme l'ivresse,
Jailli du fond de l'ex enfer,
Se dresse le bras de l'univers !

….. …..

Chercher d'où vient cette morsure,
Trouver pour quelle déchirure
On souffre ; sans jamais plus se départir,
Savoir affronter l'avenir.

Aimer, comme une douce blessure
La fièvre de cet amour si pur ;
Armé contre les meurtrissures,
Pousser, sans crainte de grandir
Et sans crainte, s'ouvrir
Et sans peine, vieillir.

Lydia Pavot

 



 

 

Sur le parvis des larmes

 

 

 

 



 

Sur le parvis des larmes,
Pavés de Notre Dame, des passants pleins de charme
Fondent, foulant le sol.
La ville devient blafarde, s'estompe en son envol.
En leur cour souveraine,
Quelques pigeons roucoulent autour d'un tas de graines.

Queues de pies et faux cols,
Les cris se perdent et puis s'envolent.

La muse de l'amour,
A bras d'ailes s'enroule entre mâles et femelles,
Au nez des hirondelles
Qui flattent les faubourgs à becquée de velours.
Replié, accroupi,
Un ami se regarde bouche bée, il se mire
Sans mot dire, ébahi,
Dans une flaque d'eau s'adressant un sourire,
Forme de révérence,
De salut respectueux à son adolescence.

Il se sent un peu seul,
La ville dort dans son linceul.

                                      .........

Panache légendaire où la Seine se noie dans le reflet de l'aube qui tinte de sa voix, le rêve du dormeur en déchirant le voile écorché de la nuit et sous quelques étoiles, l'opaque de la pluie, opaline des nuages de cette ville en pleurs, brume de
mousseline, vive
, telle cette lueur au bord des souvenirs
où le charme s'achève lorsque le jour se lève sur Paris
qui s'étire.

Lydia Pavot

 


 

 

Ecoute moi, le vent


 

 

 

Ecoute moi le vent,
Je fais ma confidence à un rayon de lune,
A une pierre qui brille .
Je parle de ce soleil dont je n’ose trop dire,
De crainte que ses rayons s’emmêlent d’humilité.
Ecoute moi le vent,
Entends là mon silence,
Le battement de mon cœur
Sur l’oreiller en flamme de mes secrets gardés.
Que diras-tu le vent,
Si je souris aux anges et n’ose m’en vanter ?
Que penseras-tu encore
De ce soudain mélange que chemine le rêve à la réalité ?

Un soir, dans la tempête où la force faisait rage,
Quand la foudre blessée retombait sur la terre,
Un soir où ces tonnerres mettent à cœur et à sang
Leur ouvrage dans les fleurs,
Quand la terre devient femme serpent
Et rampe dans la nuit,
J’allais à quatre pattes sur le dos des collines
En courant de terreur et le temps s’allongeait,
Lors je croyais pleurer.

Maintenant je comprends que tout venait du ciel.
Je lisais dans le noir et je n’en savais rien,
Mes mains contaient l’espoir, ma bouche hurlait de faim.
Mais j’ai creusé la souche où mon pied s’était pris,
Puis sans faire la fine mouche,
J’ai mordu dans la nuit.

Comme un guerrier de cuivre, mon corps en se levant
S’est tourné vers le ciel,
Là, mon regard a vu la naissance d’un matin
A l’étoile qui s’attarde, avant de s’évanouir.

Le vent, écoute moi,
Entends la confidence que je fais à la lune
Et à la pierre qui brille.
Je parle de ce soleil dont je n’ose trop dire,
Par crainte que ses rayons s’emmêlent d’humilité.

Lydia Pavot