Suite poèmes de Lydia Pavot

 

 

Lueurs

 

 

Des lueurs d'espérance,
Sourdent les heures de la patience,
De la quiétude et de la bienséance
Car du temps, se dégage
Une félicité
Qui pousse hors de sa cage
L'oiseau fait prisonnier.

Les chevaux de la nuit
Disparaissent enfin,
Essieux à l'infini
Grinçant dans le matin
Où des silènes dansent
Sous les pulsions du jour
Dont les traînes, immenses
Sont les plus beaux atours.

Oui, des heures pures,
Renaissent les lueurs d'espérance,
Se nourrissant au sein divin de l'existence.
Comme des nouveaux - nés qui gardent les yeux clos,
Se lovant dans la paix pour trouver le repos
Elles viennent se blottir  en froissés de dentelles
Sous la robe de l'aube  éternelle,
Sereine.

  


 

Vent du nord

 

 

Bise froide du nord
Que l'amitié réchauffe
En ce jour de mistral.

Ce vent sans concession
Fait tomber les feuillages
Comme cœurs qui s'égrainent
Sous le joug ennemi.

Ce vent,
Gémit les peines,
Déportant leurs courroux,
Dispersant leurs nuages,
Leur évitant les pleurs.

J'ai vu gravir des lunes
En des cieux menaçants,
Dans le cri de l'hiver.
J'ai vu fondre des cœurs
Sous un pâle soleil
Qui ne promettait guère
De briller plus longtemps.

Ainsi cette tempête
Se diluant dans l'azur
Par une simple bise
Qui ne jurait de rien .

Lydia Pavot

 


 

 

Lunaire

 

 


La lune voile le noir de la nuit
Par sa grâce immobile,
Sa trace indélébile,
Son croissant qui décroît à la tombée du jour,
Quand les corbeaux croassent et s'envolent d'amour.

Je crois voir un soleil éclairer tout le ciel
Quand nous tournons autour de nos tendres ébats,
Du loup garou qui pleure,
A l'aurore qui meurt,
Des parfums de la terre,
A vos bras qui m'enserrent …

La lune voile sa face
Dans la nuit qui trépasse
Aussitôt qu'elle passe
Et s'installe sans bruit
Sur le bord de son voile
Ou au creux de sa toile,
Telle une plume qui plane, diaphane,
Au dessus de son nid.

Soudain, elle se dérobe
Pour battre la campagne
Puis sabler le champagne
Et faire couler à flots
Toutes ses bulles rondes
Sur le plat de son dos.

C'est Pierrot qui le dit:
La lune, elle est ainsi.

Parfois, sur les maisons, elle fond
De tous ses papillons de lumière
Porteurs de larmes éphémères,
Qui rebondissent en chanson
Sur le sol, dans les courants de l'onde,
Dans le cœur des êtres de ce monde,
En un murmure de fer
Que nous n'entendons guère
Au creux de nos chimères
Lorsqu'elle effleure nos paupières.

Lydia Pavot

 


 
  Près de l'eau un saule pleure
 

Près de l'eau un saule pleure.
Est - ce beau un saule qui pleure …
Dans son lit aquatique un brochet se dégage
De l'hameçon d'un pêcheur malchanceux qui enrage …

Un gamin à deux pas, court après le soleil
Qui se cache en riant, de toute sa face vermeille,
Derrière un nuage bleu, voilant le ciel en feu.

Il voudrait l'attraper puis jouer au ballon
Et le faire rebondir par delà l'horizon,
Pour qu'il roule toujours, pour qu'il roule d'amour
Vers des enfants maudits, pauvres et démunis,
Afin de leur rendre leurs rires,
Rien que pour le plaisir de lire
La joie sur leur visage,
Les voir s'illuminer
Au creux de leur jeune âge,
De bonheur, de gaieté
Et qu'ainsi ils ne puissent jamais à leur tour
Devenir de tristes pêcheurs un jour.

Lydia Pavot

 


 

Chante au vent

 

 

 

Chante au vent !
Eh oui, c'est comme ça qu'on l'appelle.
Elle ? c'est la force de vie qui ne demande qu'à sortir,
C'est cette envie d'aimer qui veut se voir ébattre,
Ce désir fou de plaire, qui la fait venir là
Dans ce monde en attente où chacun cherche en l'autre
Une quelconque éminence pour la photographier.

Elle, traverse l'espace un peu avec mal être
Puis se trouve une place avant de disparaître.
Pour échapper à ce tumulte qui roule dans sa tête,
S'en va parler aux mouettes, à l'écume de la mer,
Aux embruns des rochers, à l'iode qui s'évapore
Et compte les coquillages à son regard si beaux
Qu'elle en prend un grand nombre.
D'abord elle les observe ensuite, les essuie ;
Avec une plume, les sépare du sable qui colle sur leur dos.
Ceux qui sont assemblés ? Elle les divise,
Comme le font les mouettes, en les laissant tomber.
Gamine, elle roule au sol en griffant sur le sable mouillé
Des marques illisibles que la mer va bientôt effacer.
Elle l'aime bien la mer. Elle est jolie la mer,
Tellement féminine avec ses robes vagues,
Ses cheveux écumés, blancs,
Comme ceux d'une vieille dame
Qui viennent sur les récifs lui caresser les pieds…

Tout d'un coup lui vient l'idée d'ouvrir son sac
Et de tout emporter.
Alors elle range la mer avec ses écumes et ses vagues,
Ses poissons et ses algues.
Elle rafle tous les coquillages qui traînent sur la plage,
Embarque aussi le sable et puis y met le vent.

Dérobant au passage quelques mouettes criardes
Qu'elle pose sur son épaule,
Elle place le ciel bleu tout au fond de son cœur
Car il pèse moins lourd
Et qu'elle est portée par l'amour.

Lydia Pavot

 

   
 

L'oiseau silence

 


L'oiseau silence plane sur la ville
Ailes d'obéissance se mouvant dans " l'habile, "
Il danse sur le temps aux jours chargés d'attente
Où les regards discrets de la paix apparente
Guettent dans un secret l'ombre de l'espérance,
Attitude sereine saturée d'élégance
Quand soucieux de demain, les rires se déchirent
Travestis en satin pour ignorer le pire
Mais que tendant la main pour cacher leurs blessures,
D'aucuns ferment le poing sur des pensées obscures.

Et le silence est d'or,
Richesse peu connue au coût de sa tenue.
Son poids pèse si fort cependant qu'on le porte
Et cet oiseau d'amour le sait, qui le transporte.
A l'insu de quelque âme qui veille dans le soir,
Il brille comme une flamme, danse sans le savoir.
Avant de s'évanouir dans des bouches bavardes
Il se dilue d'abord, plane encore et s'attarde,
S'évapore soudain, mué par un mystère,
Rendant sage le sot que l'on ne voyait guère.

Laissé à l'inutile il s'éloigne bientôt,
S'élevant de la ville, des rumeurs aussitôt
Envahissent l'espace, l'écho se tait alors
Car le silence dort.

Lydia Pavot

 



 

Ce serait

 

 

Ce seraient des absences qui ne font plus souffrir,
Des éclats de tortures qui se perdraient dans l'air
Des cris de déchirures qui seraient apaisés
Ou simplement le souhait de voir le vent tourner…

Ce seraient des serments d'amour et de tendresse
Aux promesses tenues, sans être prisonnières,
Aux caresses qu'un ange poserait sur la joue
D'un vieil homme qui fuit pur protéger ses jours.

Les étaux de la haine, desserrant leurs étreintes,
Entrouvriraient alors leurs lèvres de métal,
On pourrait voir enfin disparaître l'empreinte
De la vieille injustice qui ne connaît plus d'âge.

Ce serait le repos pour des âmes meurtries,
Les sanglots à jamais, garderaient leurs soupirs
Et les fardeaux de honte succomberaient ainsi
Sous le poids de leurs peines, ils trouveraient la mort !

Ainsi donc, une vie qui n'en finirait plus
D'être chaude d'ivresse, de haine révolue,
Dense dans le corps même de la joie retrouvée,
Telle un joyau suprême que l'homme a égaré

Ou peut - être une marche qui, chaque pas élève
En offrant au soleil, la dignité de l'être,
Une réalité dont l'homme et l'animal,
En harmonie, vivraient sous un respect total.

Et si c'était un rêve, ce serait le plus doux,
Ce serait le plus beau qu'on puisse imaginer.

Lydia Pavot