La pluie


Dès lors que le vent aux arbres immobiles donne vie,
Qu'en troupeau s'assemblent les nuages de cotons gris,
Chaque goutte qui vient sur mon cœur aride s'abîmer,
Ravive en moi les réminiscences d'un amour consumé.

Alors, en cette terre au sol froid et rocailleux,
De l'horizon jusqu'à mes pieds je devine,
Tels des souvenirs, des fleurs qui s'ouvrent à mes yeux
Et emplissent de leurs parfums ma mémoire et mes narines.

Maintenant je revoie la pluie sur sa silhouette fragile,
Ces fines gouttelettes qui une à une, s'amoncelant,
Glissaient sur son visage et s'accrochaient à ses cils,
Illuminant sa peau de multiples astres étincelants.

Et comme pour mieux emprunter l'allure
Des feuilles d'automnes à la robe mordorée,
De chaque gouttes qui mourrait dans sa chevelure
Jaillissait une douce écume fraîchement dorée.

Puis dans le chuchotement des fleurs qui dansent,
Portées par une brise au rythme soutenu,
Me parviennent les plus secrètes confidences
Que murmuraient ses lèvres ingénues.

Mais déjà, la pluie battant sur mon corps
Rappelle amèrement à mon incrédule raison,
L'éphémère réalité de cet intangible décor
Qui ne saurait durer le temps d'une saison.

Et, sur ce verdoyant parterre de fleurs écloses,
Lentement s'écoulent de mes paupières closes,
De chaudes larmes qui se mêlent à la pluie
Comme les souvenirs se perdent dans l'oubli.